Esch-sur-Alzette

Splendeur et misère de l’aérodrome d’Esch-sur-Alzette  

Esch-sur-Alzette était un point de mire pour les organisateurs de manifestations aériennes, car c’est ici qu’une activité aéronautique très dynamique avait été développée depuis les premiers débuts de l’aviation dans notre pays. Les férus de l’aviation au bassin minier avaient même réussi à créer une ligne aérienne entre Esch et… Londres qui fonctionnait à la grande satisfaction de ses instigateurs. Mais l’épée de Damoclès planait constamment au-dessus de cet aérodrome: une ligne électrique à haute tension traversait le beau milieu du terrain et toutes mes inter­ventions tendant à supprimer cet obstacle extrêmement dangereux, restaient lettre morte.

Bien conscient de cette source de danger j’avais accepté de prévoir uniquement des vols d’entraînement sur ce terrain.

Un meeting aérien avait néanmoins été autorisé en 1934, sous condition que le courant fût coupé durant les vols de démonstration. A cette occa­sion, nous devions faire plaisir à plusieurs jeunes gens acharnés qui s’étaient portés volontaires pour effectuer des sauts en parachute. Or, quand le moment fût venu de les embarquer, il y eut un vacarme épou­vantable et je vis plusieurs mères se précipiter vers moi en lamentant:

Monsieur Hemmer, vous ne pouvez pas emmener mon fils! Il va se faire tuer. De grâce, ne l’emmenez-pas!” – ou encore: “Vous n’avez pas le droit de me prendre mon fils! Je vous ferai responsable de tout ce qui va arriver!”

Parmi les jeunes gens qui n’entendaient plus obéir à leur mère, il faut citer “le cas” d’un certain Gusty Kayser, un garçon très courageux et entreprenant, qui scandalisa sa mère en lui disant: “Ecoute, Maman, je sauterai, avec ou sans ton accord!” Les gendarmes sont intervenus dans cette discussion pour tenter d’arraisonner le jeune étourdi: “Si votre maman vous interdit de sauter, vous ne pourrez pas sauter“. Gusty sonna la retraite, mais pas pour longtemps. Il obtint en effet de pouvoir endosser au moins le parachute, même s’il ne devait pas sauter: “D’accord! Je ne sauterai pas, c’est promis. Mais, il faut s’attendre à tout là-haut, voyez­vous? Figurez-vous que nous aurions un accident en cours de route .Quand je mettrai le parachute, j’aurais au moins une chance de m’ensortir vivant.”

Gusty en attente de l'envol -sur le côté de l'avion le réservoire contenant le parachute,attaché au parachutiste par des cordes

Je partageais l’opinion du jeune homme que j’admirais pour son courage et je demandais au parachutiste professionnel qui avait été engagé, à lui passer également un parachute comme mesure de précaution pour le cas où l’avion tomberait en panne.

Nous sommes décollés et arrivés à une altitude de 1000 mètres environ, Gusty commença à remuer à côté de moi: “Alors, je peux ?” Je ne pus m’empêcher d’éclater de rire et je lui dis: “Bon, vas-y! Bonne chance!” En un clin d’oeil il était parti! Le parachute s’est immédiatement déployé et Gusty descendit vers le bas où il retrouva sa mère qui croyait devoir mourir de peur.

Il faut ajouter qu’avant de monter dans l’avion Gusty avait lancé la re­marque suivante aux gendarmes: “Si vous me défendez de sauter, je rentrerai chez moi et je me chasserai une balle dans la tête! Je ne pour­rais pas survivre à cette honte d’avoir déçu mes amis Eschois! Il faut que je tienne ma promesse!” Il était content d’avoir pu la tenir!

Mais les choses ne se passaient pas toujours d’une façon si heureuse, et trop souvent la rançon du progrès dans le domaine de l’aéronautique se traduisait par des victimes humaines. Le meeting aérien du 5 octobre 1935 à Esch-sur-Alzette, auquel assistait S.A.R. la Grande-Duchesse Charlotte, en donnait un exemple atroce.

L’Aéro-Club d’Esch avait été informé que l’autorisation d’organiser un nouveau meeting aérien sur ce terrain lui serait accordée seulement après l’enlèvement de l’omineuse ligne électrique. Les responsables du club se contentèrent de formuler la promesse d’en faire autant. Or, le jour du meeting, ils n’avaient pas encore trouvé le temps de remplir leur promesse, de sorte que cet effroyable obstacle y était toujours. Et l’inévitable devait se produire!

Une négligence impardonnable avait été commise en ce que l’on avait oublié de couper le courant. Les organisateurs faisaient de leur mieux pour rendre les pilotes attentifs à la présence de ce danger et les premiers hôtes ont pu descendre sains et saufs sur le terrain. Ce fut alors le tour au Dr. Feuillade, un médecin français, qui était venu à Luxembourg encompagnie d’une jeune dame.

Apparemment il n’avait pas compris la signification des gesticulations effrénées qui faisait la foule en-dessous de lui, ou bien il était tellement troublé qu’il ne savait que faire de ces signes. En tout cas, le pilote n’avait pas vu l’obstacle et quelques secondes après l’avion s’est abattu sur les lignes électriques. Des flammes ont jailli de tous les côtés et l’avion s’est écrasé en brasier sur le terrain. Grièvement blessés, le docteur et sa compagne furent transportés à l’hôpital d’Esch-sur-Alzette, mais tous les secours venaient trop tard.

L’épouvante et la consternation régnaient sur le terrain où des milliers de spectateurs avaient dû assister à cet horrible spectacle. Aussi les organisateurs ont-ils décidé d’annuler les démonstrations, de même que le dîner de gala prévu pour la soirée de cette journée qui devait être une journée inoubliable. En fait, on n’oubliait pas du jour au lendemain une journée aussi tragique et fatale que celle du 5 octobre 1935!

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