Remich

La série noire continue à Remich

Une autre journée tristement célèbre se terminait à Remich le 20 juillet 1952. A cette époque j’avais déjà formé bon nombre de pilotes que j’avais “lâchés”. C’est dire qu’ils pouvaient emmener des passagers, et parmi ces jeunes pilotes fraîchement émolus se trouvait un gars particulière­ment hardi et téméraire, éperdûment épris de liberté, pour ne pas dire de libertinage en matière de navigation aérienne: Jean Roussel. J’avais beau le mettre en garde et lui passer une avalanche de réprimandes: les chiens aboient et la caravane passe! Voilà le dicton qu’il s’était érigé en principe. Le chien c’était moi, la caravane, c’était Jean Roussel.

Le meeting avait commencé le. matin par un temps très lourd qui rendait la navigation extrêmement difficile. A midi, avant de rentrer chez moi pour prendre le déjeuner, j’avais formellement interdit à tous les partici­pants de décoller pendant les heures de midi, à cause des déficiences manifestes de la portance de l’air dans les vallons de la Moselle par un temps aussi lourd.

A peine fus-je parti que notre apprenti-sorcier s’élança vers un avion et, emmenant avec lui un de ses camarades, René Zigrand, il décolla pour s’adonner à une démonstration peu convaincante de son art de voler autour du clocher du village. En effet, les paroissiens, s’apprêtant à sortir de l’office religieux, devaient lui fournir un potentiel suffisant de spectateurs. Ainsi soit-il! Sa prière fut entendue et Jean Roussel eut donc son spectacle bien à lui!

Mais bientôt son numéro de démonstration tournait vers la catastrophe . A un moment donné, Roussel subit une perte de vitesse, l’avion s’affaissa et dans un fracas étourdissant alla transpercer le toit d’une grange qui prit immédiatement feu.

Malheureusement, les secours organisés pour sauver Roussel et Zigrand de l’incendie se révélaient inutiles: ils devaient périr au milieu des flammes. Ce fut l’accident le plus tragique et le plus atroce que j’ai vu tout au long de ma carrière d’aviateur. Ce fut un accident stupide qui aurait pu être évité si le pilote n’avait pas été insensé et irréfléchi!

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