Enfin lâchés . .

7e escadrille " Mephisto " Aviateurs Hemmer et Bienfait ,Tirlemont 1923,Avion De Havilland D.H.9

Au bout de quatre mois, tous les élèves étaient lâchés. Jamais je ne pourrai oublier ce jour-là! Après un vol d’instruction au-dessus de la ville d’Anvers et de son port, dans lequel les bateaux avaient pris les dimensions d’une boîte d’allumettes, mon instructeur pose l’avion sur l’aérodrome et, descendant de l’avion, il me dit: “Eh bien, mon ami, à vous maintenant! Bonne chance!”

Et je suis parti à l’aventure! Seul à bord de “mon” avion qui obéissait aux moindres ordres que je lui passai avec les mains ou avec les pieds! Je me grisai d’une joie débordante et indescriptible! Mais, dans l’envolée effervescente de mon enthousiasme, j’avais perdu de vue notre terrain d’aviation! Pour une raison bien évidente, l’exubérance de ma joie s’était rapidement dissipée, et il ne me tint plus à coeur que de descendre pour aller retrouver, quelque part dans la grande ville d’Anvers, un petit bout de terrain où l’on attendait le retour de mon avion.

Bien avant d’être à court d’essence, j’ai fini par retrouver le terrain et j’amorçai un atterrissage que j’aurais voulu ranger parmi les “hono­rables”! L’instructeur s’avança vers moi. Dans sa main il tenait toute une poignée d’herbes piquées de marguérites et de pissenlits. Il déversa son “bouquet” dans ma main et, étirant sa bouche pour un très large sourire, il dit tout jovialement: “C’était bien, mon gars! Je suis fier de toi! C’est ainsi que tu devras continuer!”

A en juger par le degré de difficulté imposé à l’épreuve, il ne sera point besoin de dire que ce premier vol en solo fut une véritable sensation pour moi. Quant au bouquet de marguerites et de pissenlits, je ne lui trouvai rien de sensationnel!

PETITES VERITES AILEES

(extraits de “L’Art du Pilotage” / A.-P. Monville & André Costa Pilotes-Moniteurs, ex-pilotes de ligue -1937)

  • La valeur d’un élève-débutant ne prouve pas grand chose pour son pilotage futur.
  • La double-commande ressemble aux langues d’Esope. C’est ce qu’il ya de meilleur et de pire.
  • Après une nuit au dancing, deux tours de double-commande font perdre à l’élève le bénéfice de deux leçons.
  • Il n’y a pas d’élève plus difficile, plus pénible, que celui qui croit tout savoir avant d’avoir appris.
  • Etre le troisième moniteur d’un élève est une fonction aussi découra­geante que d’être le troisième mari d’une jolie femme.
  • Un moniteur s’indigne toujours que l’élève ne sache pas certaines choses élémentaires qu’il a oublié de lui apprendre.
  • Pour certains élèves, une flatterie vaut une heure de double-commande.
  •  Un élève ne risque pas grand-chose à son lâcher. Il n’est dangereux pour lui et pour les   autres que lorsqu’il commence « à croire que c’est arrivé »,
  • Un élève est souvent plus “gonflé” qu’un pilote de grand raid.
  • Il n’y a qu’un élève qui puisse discuter avec éloquence des qualités d’un zinc ou d’un moteur.

 

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