Son baptême

L’avion de Lou Hemmer portera le nom de “PRINCE JEAN”

Trouver un nom à mon avion, voilà qui fut mon souci principal! Parmi toutes les propositions et suggestions que je fis passer par ma tête, il en resta une qui me parut particulièrement chatouillante: c’est que je pensai au petit Prince Jean, notre futur Grand-Duc, qui était alors âgé de 6 ans. Je fis la réflexion suivante: si tu pouvais donner à ton avion le nom du petit Prince, cela signifierait que, petit Prince, l’héritier du thrône grand-ducal aurait été, lui aussi, un des grands artisans de l’aviation luxembourgeoise.

Je rejetai toutes les autres idées et, sans perdre du temps, j’adressai une lettre à S.A.R. la Grande-Duchesse Charlotte, dans laquelle je lui annonçai mon intention d’organiser une manifestation aérienne, au cours de laquelle j’aimerais faire baptiser mon avion, le premier à avoir la nationalité luxembourgeoise. C’est pour cette raison que je prendrais la respectueuse liberté de demander à Son Altesse Royale l’autorisation de conférer à l’avion le nom de S.A.R. le Prince Jean.

Quelques jours après, je reçu déjà une réponse aux termes de laquelle je devais me présenter au Palais à une heure de mon choix. La Grande­Duchesse me laissa donc la liberté de choisir moi-même l’heure de la réception. Quand, à l’occasion, j’avais montré cette lettre à un diplomate étranger, celui-ci me dit d’un air à la fois respectueux et amusé: “Ah, l’étonnante histoire que vous pouvez fixer vous-même vos rendez-vous au Palais! – et en ricanant – Nous, on ne peut y aller que quand on est sommé!”

Soucieux d ‘organiser un peu mon entrée au Palais, je téléphonai à mon ami Edouard Kremer, chauffeur de taxi à Luxembourg. “Mon ami” lui dis-je,” va donc cirer un peu ta bagnole, demain nous irons au Palais.” – “C’est pas vrai,”  s’exclama l’ami Edouard,” mais alors, il faudra bien que je m’achète un képi tout neuf!” C’est ce qu’il a fait. Il s’était endimanché à ne plus le reconnaitre, il avait mis son képi tout neuf et, la tête haute, il me conduisait au Palais.

La Grande-Duchesse et le Prince Félix nous attendaient sur le parvis. Ils nous saluaient chaleureusement et la Grande-Duchesse me dit: “Je suis bien contente d’avoir fait votre connaissance, Monsieur Hemmer et maintenant je vous laisse, Messieurs, vous aurez certainement beaucoup de choses à vous raconter.”

Le Prince Félix me conduisait alors dans une grande salle du Palais où, pendant une heure environ, nous avons discuté avec beaucoup d’entrain sur tout ce qui touchait l’aviation. Le Prince me fit part de son enthousi­asme et il m’assura que le petit Prince Jean se réjouissait beaucoup de ce que le premier avion luxembourgeois porterait son nom. C’est alors que nous avons fixé le jour du baptême au 24 juin.

Ce jour-là j’avais laissé mon avion à Colmar-Berg dans un grand pâturage qu’on m’avait désigné pour pouvoir y stationner l’appareil jusqu’au dé­part pour Steinsel. C’était une mesure de précaution, car, au cas où j’aurais laissé l’avion à Steinsel, les spectateurs l’auraient vu de loin et ils auraient bien pu se passer de payer un billet d’entrée.

Sur la route menant à Colmar, c’était la grande pagaille. Des milliers d’automobilistes, de motocyclistes, et même de piétons bouchaient le chemin et on avait toutes les peines du monde pour sortir de cette cohue !

Une fois arrivé à Colmar-Berg il n’y avait plus de temps à perdre. Je mis le moteur en marche et je roulai déjà sur le terrain quand, tout à coup, j’aperçus devant mois toute une série d’amoncellements de terre qui, sans aucun doute, étaient l’oeuvre des sangliers qui n’avaient pas chômé la nuit. Je m’attendai au pire; l’avion sautilla au-dessus des premiers entassements et, fort heureusement pour moi, le troisième sanglier avait établi son chantier un peu plus loin, de sorte que j’avais tout juste le temps d’arracher l’avion du sol. J’étais parti … !

Je me dirigeai vers Steinsel où une foule innombrable de spectateurs s’était amassée autour du terrain. A ce qu’il parait ils étaient quelque 40.000 et, vus d’en haut, ils ne paraissaient guère moinsl En dépit de mon émotion j’exécutai encore un de mes atterrissages exemplaires, et, au milieu du crépitement des drapeaux et des sons du “Wilhelmus”, je m’avançai vers LL.AA.RR. le Prince Félix et le Prince Jean qui m’atten­dalent à côté du terrain. La foule était en liesse,et moi j’étais heureux.. !

Et ce fut le moment du baptême de l’avion! Un magnum de Champagne fut remis au Prince Félix qui, tout en donnant les instructions nécessaires à son fils, prit celui-ci sur ses bras pour lui faciliter la procédure de la cérémonie. Le Prince Jean saisit alors la bouteille de Champagne et il demanda gentiment: “Papa, est-ce que je peux verser tout?”“Ah non, répondit le Prince Félix en riant, verses-en un peu seulement. Tu devras garder le reste, car nous avons soif; il fait si chaud!” Le Prince Jean obéit à son papa et il baptisa l’avion avec la moitié du contenu de la bouteille!

La cérémonie était clôturée par un tour de piste avec le Prince Jean et la Princesse Elisabeth qui avait tenu à assister également à cet événement. Après le baptême le spectacle proprement dit de la manifestation aéri­enne pouvait commencer et la foule suivait avec le plus grand enthou­siasme les exhibitions des pilotes et des parachutistes étrangers qui étaient venus à Luxembourg.

Ce meeting avait connu le plus grand succès auprès du public et le … mécontentement du chef de gare de Walferdange qui me dit quelque temps après: “Tu sais, ce jour-là, il m’était tout simplement impossible de ramasser tous les billets des voyageurs, il y en avait trop. Alors il me fallait les entasser avec le balai!”

A partir du jour mémorable du 24 juin 1928, le “Prince Jean” et “Hem­mesch Lou” étaient passés dans la bouche des Luxembourgeois jusque dans les derniers recoins du pays. Dans la suite je me suis rendu chaque dimanchè dans une autre localité pour attiser toujours davantage l’intérêt des citadins et des villageois pour l’aviation en organisant des meetings aériens.

Et chaque fois qu’un avion passait au-dessus d’un village. les garçons accouraient et criaient: “Den Hemmesch Lou könnt!” – même si le pilote n’était pas “Hemmesch Lou” !

Rencontre avec le Grand-Duc Jean . . . .50 années  plus tard . . . . .

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