Coupe de l’Aéro-Club Royal

Quand des aviateurs enragés se disputent la Coupe de l’Aéro-Club Royal de Belgique

1926 fut une année mémorable. Patronné par le roi Albert 1er, l’Aéro-Club Royal de Belgique avait organisé un challenge pour les aviateurs de réserve de l’Armée belge. La veille de cette manifestation importante, j’avais passé une nuit blanche à Bruxelles en compagnie de quelques camarades, et mon état d’ébriété m’avait amené, malgré moi, à faire la grasse matinée, de sorte que j’arrivai le dernier sur le terrain. Le temps de me hisser dans l’avion et ce fut le départ! Comme mes collègues s’étaient déjà accaparé tous les observateurs disponibles qui devaient servir de “navigateurs” avant Ia lettre, j’ai dû me débrouiller tout seul. Je me confiai donc entièrement à mon bon sens et je m’engageai avec mon avion dans la direction prescrite. Par des conditions météorolo­giques abominables il fallait survoler deux fois les villes de Liège, Anvers, Bruxelles et Tirlemont. Abandonné à moi-même, secoué et balloté dans mon avion qui se frayait un chemin à travers les bourrasques de vent, allant sens dessus, sens dessous, je ne cessai de me dire que cette aventure allait finir mal.

Après avoir terminé mon premier parcours, je me posai sur le terrain de Liège qui offrait un spectacle pittoresque: partout les équipages se cramponnaient à leurs avions pour ne pas être renversés, tellement la tempête faisait rage. Mais pas question d’annuler la partie, bien que plus de la moitié des participants eussent préféré rester cloués sur le sol, accrochés à la carlingue de leurs avions.

Je suis reparti dans cette course tumultueuse et vertigineuse. J’avais la plus grande peine du monde à maîtriser mon avion qui était exposé aux caprices malicieuses du vent et de la pluie battante. Çà et là j’aperçus la silhouette d’un clocher ou le sommet d’une colline à travers d’épaisses couches de brouillard, et le sentiment d’incertitude sur la fin de cette randonnée mémorable parmi toutes m’envahissait de plus en plus. Mais dans un sursaut d’énergie et de courage je réussis à surmonter tous ces obstacles qui se dressaient contre moi.

Voulez peu de choses à la fois, mais le vouloir à tout prix, c’est le secret de la victoire.

Foch

Je terminai la ronde des aérodromes imposée par le règlement et j’arri­vai le … premier à Bruxelles. Je demandai timidement: “Est-ce qu’il ya déjà quelqu’un?” – “Mais non! Vous êtes le premier!”

L’aiguille du chronomètre avait avancé plus d’une heure avant l’arrivée du deuxième avion et quand le troisième s’était posé sur l’herbe on en était presque à la fin du cortège, car la plupart des pilotes avaient aban­donné en cours de route.

La remise de la Coupe par le Roi Albert 1er en personne fut un moment qui, franchement pariant, me comblait de bonheur quand il me proclama vainqueur du Challenge des Pilotes de réserve pour 1926. C’est ainsi que, un an après, je me vis doté de l’intuition nécessaire pour com­prendre la fierté suffisamment justifiée d’un Charles LINDBERGH fraîchement arrivé à Paris!

Die Kommentarfunktion ist geschlossen.