Le troupeau de vaches

Le 1er avion luxembourgeois se pose au milieu d’un troupeau de vaches belges

Le 16 juin 1928 était le jour de naissance de l’aviation luxembourgeoise. Parti d’Anvers à bord de mon avion R.S.V. je ne me doutai point qu’à partir de ce moment la longue lutte acharnée pour l’aménagement d’un aérodrome luxembourgeois était déclenchée!

Pour être sûr d’arriver “à bon port” je suivai la voie ferrée en direction du Grand-Duché. Or, près de Gouvy je me suis magistralement trompé de direction. Au lieu de me laisser guider par le chemin à voie unique qui menait à Troisvierges -. c’est là qu’on m’attendait – je suivai obstinément le chemin à voie double menant à Bastogne. Tout à coup je constatai que j’étais à court d’essence. Dans les prochaines minutes il fallait donc trouver un terrain convenable pour faire un atterrissage de fortune. J’aperçu un grand pâturage sur lequel un troupeau de vaches était pai­siblement en train de brouter l’herbe. Mais la sérénité de cette image n’avait pour moi aucune importance, puisque ce terrain faisait bien mon affaire. Je me posais tout hardiment au beau milieu de ces vaches que je croyais être de nationalité luxembourgeoise, car j’étais certain de me trouver dans les environs de Troisvierges.

Un jeune garçon, probablement le gardien des vaches, avait préféré prendre la fuite quand il m’avait vu tomber du ciel. Je lui fis signe de s’approcher et je lui demandai dans quel trou j’étais tombé. Imaginez­-vous ma stupéfaction quand le gamin me répondit en langue wallone! J’avais donc atterri en territoire belgel Mais où se trouve donc le Luxem­bourgl Le garçon désigna une grand colline qui se dessinait à l’horizon. “C’est par là, derrrière cette colline, Monsieur.”

J’invitai le petit monsieur à prendre place derrière moi pour m’accom­pagner à Troisvierges. Après avoir chassé les vaches pour ouvrir une voie de passage à l’avion, il s’installa derrrlère moi, rayonnant de joie, et quelques minutes après nous “fonçâmes”en direction de Troisvierges.

Mais le problème de l’essence n’était pas résolu pour autant et, une fois arrivé à Troisvierges, il ne me restait plus que quelques litres. Bien cons­cient de l’urgence de me poser le plus tôt possible, je ne pouvais pour­tant pas m’empêcher de virer encore pendant quelques minutes au­dessus du village pour inciter les gens à se rendre à Weiler, car c’est là que je devais atterrir! Et effectivement, toute la foule se précipita vers Weiler, qui à cheval, qui à bicyclette, qui en voiture, qui à pieds. Quant à moi, je me hâtai dans la même direction, non pas parce que le public était suffisamment nombreux, mais parce que les dernières gouttes d’essence étaient en voie de combustion. L’accueil à Weiler était un véritable triomphe! C’était le Bourget en miniature!!

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