Alexandre Zoubkoff

Mon extraordinaire aventure avec Alexandre ZOUBKOFF

Les tribulations de l’extravagant Alexandre ZOUBKOFF, époux de la Princesse Victoria de Prusse et, par conséquant, gendre de l’ex-empereur Guillaume Il, étaient suffisamment connues au Luxembourg pendant les années trente où Zoubkoff avait trouvé un pied-à-terre plus au moins agréable dans notre pays. Pour revaloriser sa fortune de temps en temps, l’aventurier, qui ne pouvait pas se vanter de jouir des plus grandes grâces auprès de son ex-altesse impériale, acceptait tout travail de fortune qui s’offrait au passage. Autant dire que Zoubkoff ne refusait pas de se faire engager par Lou Hemmer pour exécuter des sauts en para­chute, chaque fois que les besoins d’argent se révélaient trop exaspé­rants.

Mais, bien conscient du risque que j’allais courir, et porté pour des raisons évidentes sur la réussite de mon entreprise, j’avais préféré con­clure avec mon artiste en herbe un contrat en due forme, dont voici le contenu:

Zwischen den Unterzeichneten:

Louis Hemmer, Gastwirt in Walferdingen einerseits und Alexander Zoubkoff, Medizinstudent (seine Studien hatte Zoubkoff natürlich nie zu Ende geführt), wohnhaft in Luxemburg, Wedelstrasse 3, andrerseits, wurde folgender Vertrag geschlossen:

Zweitgenannter Alexander Zoubkoff verpflichtet sich, bei dem vom Erst­genannten Louis Hemmer am Dienstag, dem 15. August (Maria Himmel­fahrtstag) des Jahres 1933 veranstalteten Flugmeeting in den Walfer­dinger Wiesen einen Fallschirmabsprung aus zirka tausend Meter Hëhe vorzunehmen.

Erstgenannter Louis Hemmer stellt zu diesem Zweck seinen Fallschirm zur Verfügung und zahlt ais Entgelt dem Zweitgenannten die Summe von 500, in Worten fünfhundert Franken nach vollendetem Absprung.

Alles Risiko für etwaige Unqlückfälle, welche dem Zweitgenannten zustossen können, bleiben zu Kosten Zoubkoffs.

ln specie übernimmt der Zweitgenannte Zoubkoff alle Verantwortung, sowohl beim Absprung als auch bei der Landung und verzichtet dieser­halb auf jede ihm laut Zivilgesetz zustehende Klage.

Ausserdem verpflichtet sich der Zweitgenannte Zoubkoff insbesondere, den ihm zur Verfügung stehenden Fallschirm vor Absprung genau auf seine Leistungständigkeit zu prüfen und verzichtet für sich und seine Erben und Rechtsnachfolger auf jedwege Klage auf Schadenersatz, die ihm eventuell aus einem schlechten Funktionieren des Fallschirmappa­rates zustehen könnte.

Zweitgenannter Zoubkoff erklärt hiermit, vom Erstgenannten, Herrn Hemmer, den Fallschirm in tadellosem Zustand zwecks Probe und Gebrauchs erhalten zu haben.

Doppelt ausgefertigt in Walferdingen an neunten August des Jahres Tausendneunhundertdreiunddreissig.

Gezeichnet: Alexander Zoubkoff, Lou Hemmer.

La convention, signée le 9 août 1933, devait donc être exécutoire 6 jours après, le 15 août, à l’occasion du grand meeting aérien international que j’avais organisé sur le terrain de Walferdange.

Parmi les invités d’honneur venus de l’étranger figurait également un détachement de cosaques du Don, montés en plein uniforme multicolore sur leurs chevaux pavoisés et qui avaient pour mission de veiller au sort de Zoubkoff au moment de sa démonstration.

cosaques du Don devant le Château à Walferdange

En fait, l’esprit aventurier s’était un peu affaissé chez Zoubkoff qui avait assisté la veille du meeting à un saut d’essai pour lequel j’avais emmené, non pas l’artiste, mais un sac de sable du même poids que Zoubkoff. Je montai à une altitude de 1000 mètres, comme “convenu” et je larguai le sac attaché au parachute de Zoubkoff. Mon partenaire devait être ravi de mon idée d’avoir emmené le sac de sable, au lieu de lui-même, car le parachute ne s’ouvrit pas et le pseudo-Zoubkoff allait s’enfoncer dans le sol jusqu’à un diamètre de profondeur!

A. Zoubkoff (2e de droite) attendant sa démonstration

En dépit de cette expérience peu convaincante, Zoubkoff n’abandonna pas la partie, non pas par héroisme, mais poussé par son pressant besoin d’argent.

Le lendemain, le vaillant gaillard prit donc place à côté de moi pour se préparer à son saut “historique”. Il arborait une parure de parachutiste flamboyant neuve, reluisant d’un blanc impeccable au soleil d’été ardent. Je fis guinder mon avion à une altitude de 1000 mètres, puis je fis signe à mon passager de “quitter la pièce”. Hélàs, Zoubkoff avait pris peur, il était devenu tout pâle et la sueur qu’il débitait le fit coller littéralement à son siège!

La principale attraction du meeting que j’avais organisé à grands frais était menacée d’un échec pur et simple. Or, habitué à aller en toutes circonstances au-devant des éventualités, je pris une décision sponta­née: je suggérai à Zoubkoff de se lever de son siège, tout juste pour mesurer un peu la profondeur. Tremblant, criblé de peur, Alexandre obéit et à peine fut-il debout que j’arrachai l’avion en position verticale pour … déverser le héros du meeting!

Avec un grand cri de désespoir le gendre impérial disparut rapidement dans le vide. Mais la chance souriait un peu plus à Zoubkoff qu’à son prototype de la veille: le parachute se déployait largement et bientôt il déposa en douceur son lourd fardeau. La dérive fut cependant telle que les cosaques ont dû intervenir pour ramener le parachutiste sur le terrain d’aviation. Tout est bien qui finit bien. Zoubkoff éprouva quelque peine à réaliser son triomphe qui retentit dans les applaudissements des spec­tateurs. Quant à moi, je gardai le sourire malin et espiègle de celui qui fait ses propres réflexions sur un exploit “à la Zoubkoff”!

 

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