La Lanterne brisée

Histoire désopilante d’une lanterne brisée

En 1933 se situe également un incident fâcheux qui me valut un procès­verbal dressé “par erreur” par un agent communal de la Ville de Luxem­bourg. Au milieu du charabia composé par le représentant trop zélé de la loi, il y avait un bout de phrase tout à fait amusant qui disait:

” … pour avoir détruit avec son avion un bec de gaz dans la rue de l’Eau à Luxem­bourg, vous êtes condamné à payer les frais de réparation de cette lanterne.”

Comme si j’allait me promener en avion à travers les rues et ruelles de la ville! Mais la véritable cause de cet incident, la voici: en septembre 1933, les horticulteurs de Walferdange, et notamment les spécialistes de l’élevage des roses, avaient organisé un corso fleuri dans la capitale. Pour rehausser l’éclat de cette féerie de floralies ils m’avaient prié de participer avec mon avion. N’y voyant aucun inconvénient, je mis à leur disposition mon petit avion “sans péril”, un simulateur que j’avais installé dans le jardin de notre restaurant à Walferdange et qui servait uniquement à l’écolage.

Les décorateurs avaient réussi à couvrir toute la surface de l’avion de 12.000 roses et avec des centaines d’autres roses ils avaient composé un écriteau qui portait le nom “Prince Jean”. L’avion, monté sur un char, fut tiré à travers les rues de la ville. Ma femme “dirigeait” l’appareil qui, tout au long du cortège, se trouvait constamment en mouvement, comme il pivotait sur son propre axe.

le pilote "Elsy Klemmer "

 

Et il arriva que dans la rue de l’Eau qui, de nos jours encore, est une des ruelles les plus étroites de la ville, une aile de l’avion heurta une de ces lanternes. Evidemment le verre ne tenait pas le coup et les tessons sont tombés par terre. L’agent de la mairie, responsable de la rédaction du procès-verbal, éprouva certainement des difficultés d’interprétation et c’est ainsi qu’est né ce malentendu fort amusant.

Plus d’une année après, le 15 novembre 1934, le Bourgmestre de la Ville de Luxembourg, en l’occurence M. Gaston Diderich, signa une lettre adressée à moi et/aux termes de laquelle il avait donné l’ordre d’abattre la facture au montant de que l’administration communale avait voulu me faire payer.

En effet, je ne voyais pas la raison pour laquelle je devais réparer à mes frais le dégât causé à l’occasion du corso et voilà pourquoi j’avais demandé à être reçu par le bourgmestre aux fins d’élucider cette affaire. Après avoir rassuré M. Diderich que je n’étais pourtant pas assez cinglé pour traverser la ville au rase-motte, je lui dis: “Mais le corso fleuri, cela ne vous rappelle rien?” – “Mais oui, s’exclama le maire. Alors, arrêtez. Je vais m’occuper de cela. Quant au corso, je me rappelle bien mainte­nant le “Prince Jean”. Franchement parlant, je trouvai ce char un des plus beaux du cortège!” – “Et la lanterne?” – “Affaire à classer!”

 

 

 


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