Le rêve

La naissance d’une passion

Nous sommes en 1919. Les séquelles de la Première Guerre Mondiale ne sont évidemment pas encore en passe d’être oubliées de si tôt. Mais, partout en Europe on essaie de reprendre un train de vie tant soit par normal, poussé par le souci de faire remettre en marche un système économique et social totalement anéanti, en général, et de retrouver la paix et la tranquillité de tous les jours, en particulier.

C’est à cette époque qu’un groupe de quelque 40 scouts des “Diables Mauves”, dont je faisais partie, allait visiter les champs de bataille à Verdun, cherchant à comprendre les raisons de cette misère atroce qu’ont dû souffrir des millions d’hommes, engagés dans cette entreprise infernale qu’est la guerre. Agé de 15 ans seulement, j’ai pourtant éprouvé et ressenti toute l’amertume et la profonde peine qui surgissait en mon for intérieur à la réflexion que des centaines de milliers d’hommes ont dû être tués et massacrés dans un acte tout à fait gratuit et absurde.

Tout en parcourant cet interminable amas de décombres, de débris, de matériel de guerre détruit, d’uniformes brûlés et déchirés, de car­casses d’avions militaires complètement carbonisés, tout ce spectacle apocalyptique qui s’offrait à perte de vue aux yeux de ces jeunes gens, l’idée me vint soudain, pour une raison tout à fait évidente, qu’on devrait déployer tous les efforts possibles pour éviter qu’à l’avenir un pareil cataclysme ne se reproduisie plus. Et l’instant après, pour une raison moins évidente, et d’autant plus inexplicable et surprenante, une autre idée m’est venue à l’esprit: “Je vais me faire aviateur!”

Comment riposter à pareille pensée? Heureusement, je n’y voyait aucun remède, et bien que mon idée me parût à coup sûr irréalisable pour le moment, je pensai pourtant qu’il valait bien la peine d’essayer. Bref, je me portai volontaire à la force aérienne belge.

Soucieux de ne pas irriter outre mesure une pauvre mère qui n’en aurait pas cru ses oreilles, si je lui avais demandé de me permettre d’embrasser cette “profession”, j’ai préféré me présenter d’abord auprès de l’ambas­sade de Belgique pour avoir des renseignements plus détaillés sur l’aventure que je voulais courir.

A mon plus grand plaisir, on m’apprit que dans le cadre de l’accord imminent entre la Belgique et le Luxembourg, l’enrôlement de volon­taires luxembourgeois dans l’armée belge ne devrait pas poser de problème majeur. Autant dire que, sans aucune hésitation, j’ai signé mon engagement.

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